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   Le parcours régressif

      par Jean Pierre Ceton

« L'époque ne me convient pas », avoue Christophe Honoré, ce qui est plutôt étonnant si l'on considère qu'il se trouve aux avant-postes de la scène culturelle. Il affirme par ailleurs :« Nous vivons une époque brutale », alors que ce serait facile de prouver le contraire. D'ailleurs, il reconnait par exemple que ce n'est plus l’homosexualité qui est condamnée mais l'homophobie, en tout cas en France.

En fait il faut du courage pour n'être pas dans la tradition des clercs qui à chaque génération sont contre leur époque. Au fond il faut du courage pour faire autre chose que « résister contre tous ceux qui nous menacent ».

Outre que ce n'est pas un bon niveau d'observation, ce pourrait relever de la réaction d'ado. Sauf qu'il y a un véritable accablement chez ceux qui partagent le rejet de leur époque.

Ainsi le montre cette assertion de Mathieu Riboulet « Je suis désormais, comme nombre d'entre nous, très au-delà de l'accablement en ce qui concerne "notre époque" »

Nombre d'entre nous, dit Riboulet, dont je ne suis pas. Dont tout le monde n'est pas. Alors qui sont donc ces nombre d'entre nous ?

Ceux qu'il faut nommer les régressifs, et qui sont-ils les régressifs ?

On ne peut pas les accuser de mauvaise foi, ils ont juste un plafond de plomb au dessus de la tête parce qu'ils ne voient aucune issue dans les lignes fortes de leur époque. A part le retour arrière.

Ils ont en effet comme seule perspective de rester tournés vers le passé. pour parler de leur temps.

Les régressifs le sont d'abord par le rejet de toute novation, et le regret de tout ce qu'ils voient disparaitre. Ils sont ensuite marqués par le refus d'une pensée numérique accompagnant l'usage des technologies de communication qu'ils refusent en première intention.

Les régressifs se plaignent. Mais de qui ? De Dieu ? Non plutôt des politiques. Du libéralisme et de l'ultra-libéralisme de préférence.. De tous ceux qui « veulent nous imposer » ceci cela...ou qui « voudraient nous faire croire que » etc..

Le parcours régressif, qui est plus immobiliste que nostalgique dans le refus d'affronter les transformations de leur époque, recèle cependant un secret espoir d'un retour au passé ainsi que l’indique cette phrase d'Isabelle Monnin: « Dans la mémoire de ce qui fut, demeurent peut-être les graines de ce qui renaîtra, après la catastrophe » .

L'accablement des accablés de notre époque ne les empêche pas de garder leur ego au chaud. Ce qui explique pour partie leur entêtement à être accablés.



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2/5/2014 / tous droits réservés / texte reproductible sur demande / m. à j. 2/5/2014
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